BAUDELAIRE

TXT 1 Albatos

Système de double allégorie

: récit à valeur métaphorique

: idée abstraite incarnée

 

Albatros = poète (ciel = monde de la pensée)

Matelots = société (mer = monde matériel)

 

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

 

 

>> allégorie double : du poète dans la société

  • un éloge du poète,

  • blâme de la société et

  • autoportrait pathétique ; lyrique.

 

  • le monde bas, vil, grimaçant, cruel, vulgaire, grégaire

  • le poète aérien, noble, beau; doux/inoffensif, supérieur, seul 

 

txt 2 "PArfum exotique"

synthèses élèves:

 

1. l'érotisme, le plaisir. …

  • paix, harmonie

  • sensualité essentielle, suavité

  • l'intimité

  • l'Idéal,  transition -->  l'Eden

2. l'exotisme, le voyage

  • -->  l'Eden, générosité, luxuriance, beauté : nature

  • une description mobile, progressive

  • langueur tropicale

conclu: un monde proche et lointain, de correspondances entre Nature et Intimité qui éloigne du Spleen par le Beau

txt 3 « réversibilité »

 

 

  • un monde noir (celui du poète --> le Mal, le Spleen qui rabaissent )

  • la beauté qui sauve (la femme / la parole poétique qui élèvent --> les fleurs l'Idéal ; l'ange)

  • proximité et cohabitation des contraires (antépiphores et antithèses constantes)

 

conclu : dire la double tension (baudelairienne) = projet du recueil et de la section "Spleen et Idéal". 

 

 

Texte 4. Spleen, LXXVIIII. Proposition pour une synthèse d’analyse exhaustie pour un oral type EAF.

Attention, ces notes n'ont de sens qu'en fonction de la question posée ICI.

 

En quoi ce poème illustre-t-il son titre ?

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1. Introduction : définition du spleen (angoisse et ennui intériorisés / oppression physique et psychologique) et relation avec le titre du recueil : la douleur et la recherche de la beauté.

 

 

2. LECTURE EXPRESSIVE DU POEME

 

3. reprise de la question + plan:

 

I. la symbolique de l’enfermement physique / oppression ;

II. l’obsession de l’échec et de la mort ;

III. un lyrisme noir (l’inspiration par le spleen).

 

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4. Développement :

I. La symbolique de l’enfermement.

 

a) tout l’espace est clôturé :

 

« formulations généralisantes liées à l’espace: noms : « ciel », « horizon », « cercle », « terre » ; adjectifs : « vaste », « immenses » : verbes : « embrasser » ; déterminants : « tout le cercle » hyperbole + « le » ou « la » à valeur globale)

 

« comparaison de la ville avec un espace fermé (« couvercle », « cachot »).

 

b) L’image du « cachot » : enfermement plus resserré : lexique de l’incarcération (« prison », « barreau », « plafond », « au fond »).

 

c) Progression de l’oppression sur le poète : du « ciel » jusqu’au nous (vers 12) et je (« mon crâne » vers 20) = sensation d’étouffement appuyée aussi sur des allitérations ([k] vers 1 ou [a] = obscurité (vers 19 et 20).

 

Le poème est une longue phrase qui souligne l’effet de rétrécissement + quatrains 1 à 4 + phrase finale : §5.

 

d) L’emprisonnement concerne les sensations physiques (importance du toucher « lourd », « battant les murs », « cognant », « humide » ; de la vue : «bas », « jour noir » = oxymore, hallucinations et images dépressives « chauve-souris », « plafonds pourris », araignées – filets », l’ouïe :

 

1. « gémissant », les « ailes », « muet » => bruits sourds

2. puis « cloches », «hurlements » => bruits insoutenables, agressifs,

3. puis « geindre », « pleure » , « sans tambours… ». => bruits sourds à nouveau.

La symbolique de l’enfermement contamine l’espace de la ville jusqu’au plus profond, au plus intime du poète (« dans mon âme »). Aspect oppressif et étouffant du spleen. Ce qui semble « enfermé », pris au piège, c’est l'impossibilité d’espérer.

 

II. L’obsession de l’échec et de la mort.

 

a) Les sentiments humains sont aussi « piégés ». Le fait d’espérer, de chercher la lumière est réduit à l’échec.

Les allégories « Espérance », « Espoir », « Angoisse » et les pluriels insistent sur la dimension universelle du spleen (« peuple », « araignées », « filets », « cloches », « corbillards » …)

b) Le poème raconte (dimension narrative = apologue ?) la victoire de l’Angoisse sur l’Espérance. Lexique du combat (violent parfois), de la mort. Image finale du « drapeau noir ». Personnifications ou allégories qui font penser à la mise en scène de sentiments-personnages = lutte intérieure perdue (effet de clausule à la fin).

c) Les analogies animales illustrent l’enfermement morbide = symbolisme de la mort et de l’obscurité…

d) La douleur (morale + physique) et le mal sont constamment évoqués : « pèse », « proie », « gémissant », « cognant », « atroce » = termes péjoratifs et nombre d’hyperboles accentuant l’aspect pénible (Baudelaire était victime de céphalées tenaces…). Allitérations désagréables [r] vers 17 à 20.

e) Lexique et évocation du temps. La douleur est doublée par sa durée : « longs », « opiniâtrement », « lentement » ; allitération en [m] vers 18 : effet de langueur lancinante.

f) La mort est symbolisée tout au long du poème= présence effacée de l’humain et du poète-énonciateur ; « cloches » + « corbillards » + « défilent » = enterrement / « prison » + « sans tambours » + « plante » = exécution... ON peut ajouter la grande solitude qui domine le poème…

 

Le spleen semble insoluble et est rendu universel par un travail poétique sur la langue.

 

III. Un lyrisme noir (l’inspiration par le spleen).

 

L’expérience tragique décrite dans le poème (victoire de la mort / impossibilité d’en réchapper / condamnation par des forces supérieures au poète lui-même) se mêle à une expérience lyrique.

 

a) Le spleen est source d’inspiration parce qu’il « produit » plusieurs poèmes dans le recueil (le mot n’est que dans les titres : est-ce une sorte de muse ?).

b) Le lyrisme s’incarne dans l’angoisse de la mort, de l’ennui et permet de créer une poésie de la noirceur, de la déprime.

c) Recherche d’une musicalité mélancolique. Utilisation des formes poétiques traditionnelles :

« Ensemble de cinq quatrains en alexandrins réguliers le plus souvent ;

« recours aux figures d'analogie et d’intensité ;

« système des rimes… ;

« anaphores /parallélismes des strophes 1, 2 et 3.

 

Mais certains éléments correspondent au spleen parce qu’ils semblent briser une certaine harmonie, font penser à un déséquilibre :

 

« Allitérations et assonances contrastées (vers 17 entre [i] (clarté) et [on-a-an-ou-u]) ;

« « Combat » entre les rimes claires [i] et sombres [o puis wa] : le poème s’achève sur une rime masculine sombre = « noir » [nwaR].

« Syntaxe très complexe (propositions temporelles, comparatives…)

« Le dernier quatrain est caractéristique d’un certain dérèglement :

- semble étirer le poème car il commence par un tiret (valeur de parenthèse) ;

- syntaxe désordonnée, adjectifs apposés (virgules et points-virgules, style coupé ou irrégulier) ;

- enjambement vers 18 à 19.

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5. Conclusion : le spleen est donc source de musicalité et de beauté, il permet d’évoquer l’univers baudelairien : angoisse et oppression. Les registres tragiques et lyriques renvoient ainsi à son projet poétique annoncé dans le titre : tirer une certaine beauté du mal (mal subi et obsédant). Inspiration baroque pour la vision du monde.